Les chroniques de Rova : « Chacun sa route, chacun son chemin ! »

La cadette de la fratrie vient d’avoir son premier diplôme universitaire : le baccalauréat, comme 119 836 jeunes un peu partout dans Madagascar. Toute la famille est fière d’elle, comme la famille de chacun de ces jeunes bacheliers. Ces derniers mois, je me suis donc sérieusement posé des questions sur l’orientation des jeunes dans notre pays. Oui, ils ont obtenu le « bacc », mais après ? Est-ce qu’ils ont sérieusement réfléchi à cette question ? Et après qu’est-ce qui se passe ?

On oublie parfois qu’il y a une vie après le « bacc ».

Dans notre pays en effet, ce diplôme est comme un graal. Certains parents en font une fixette. Dès la classe de seconde, ils tracent déjà le chemin que leurs enfants doivent suivre : « tu dois travailler tes maths mais aussi la physique chimie, pour que tu puisses passer le baccalauréat en série C ou au moins en série D. Je veux que tu puisses devenir médecin ». Ils ne cherchent même pas à savoir ce que leurs enfants souhaiteraient faire de leur vie. Ils leur imposent juste leurs rêves. Ils n’ont pas pu devenir médecin donc leurs enfants doivent forcément le devenir. Il n’y a aucune mauvaise intention dans leur esprit. Et il n’y a rien de mal de devenir médecin. C’est juste qu’avoir la liberté de choisir, avoir un droit de regard sur son futur, c’est bien mieux.

Et il y a d’autres parents qui sont tellement occupés par leur travail qu’ils n’ont plus de temps à consacrer à leurs enfants. Oui parce que : « ny hohanina androany tadiavina rampitso ». Tout ce qu’ils demandent c’est que leurs enfants étudient bien à l’école et obtiennent de bonnes notes. Sauf que les enfants finissent toujours par avoir la même réponse quand ils posent des questions à papa ou à maman : « est-ce que nous pouvons en discuter plus tard ? Je suis vraiment fatiguée, la journée a été difficile ». A l’usure, les enfants de ce type de parents finissent par définir tout seul le chemin qu’ils suivront plus tard. Il ne faut donc pas s’étonner que ce soient leurs amis qui ont le plus d’influence sur eux, vu que leurs amis ont été plus présents dans leurs vies que leurs parents.

L’idéal serait d’avoir un combo de ces deux types de parents. Avoir un parent présent qui donne de l’espace à son enfant pour qu’il puisse faire ses propres choix et expérimenter la vie, mais surtout apprendre.

L’orientation des jeunes après le baccalauréat ne se limite pas seulement aux salons pour présenter les différentes institutions et filières qui existent. Sinon, ce serait tellement simple. Moi, j’ai eu la chance de savoir ce que je voulais faire et dans quelle université je voulais aller depuis la classe de première, grâce à une journée d’orientation organisée dans mon école d’antan. Je me rappelle, j’ai eu un coup de cœur pour la filière. Le soir même, j’ai annoncé la nouvelle à ma maman, sauf qu’elle est restée de marbre. Aucune réaction. Pour elle, c’était trop tôt pour penser déjà à cela. Mais pour moi, il n’était pas trop tôt. Au contraire c’était le bon moment !
Les éducateurs devraient réfléchir sérieusement à la question. Tu t’es déjà demandé pourquoi dès ton plus jeune âge, on te demande « ta carrière envisagée » ? Et au fil des années, ton envie de devenir pilote ou écrivain finit par s’estomper, voire même changer du tout au tout. Il y a des exceptions, bien évidemment. Toutefois, la grande majorité se perd en chemin. Peu savent qu’une passion peut mener à une profession. Dans un pays où près de 80% de la population vivent dans l’extrême pauvreté, plus de place pour les rêves, l’important est l’appât du gain.
Pour moi, et cet avis n’engage que moi, tu gagnes mieux ta vie en faisant ce que tu aimes. C’est pour cela que tu dois trouver toi-même ton chemin parce que tu es le seul à savoir ce qui te fait vibrer. Un long périple semé d’embuches, mais qui en vaut vraiment la peine.