Riziculture : Le défi saisonnier des locataires de terres agricoles

La moisson de la première récolte bat son plein

Il est 14 heures de l’après – midi. Il fait beau alors qu’il venait de pleuvoir il y a seulement quelques jours. Les premières gouttent de pluies tant attendues sont finalement tombées à Antananarivo et ses périphéries depuis le début du mois de janvier 2025. Sitôt la pluie tombée, les riziculteurs ont profité pour procéder à une première récolte. A Ambodihady (situé dans le 6è arrondissement d’Antananarivo), sous un soleil de plomb, des riziculteurs s’activent pour récolter le riz issu de la première saison ou « vary aloha ». Parmi eux, Jean et quelques membres de sa famille. Ils habitent à Anosibe Zaivola mais cultivent une rizière à Ambodihady. « Cette rizière n’est pas notre propriété. Nous l’exploitons sous forme de location. C’est à dire que nous faisons un arrangement avec le propriétaire et nous partageons les récoltes », explique ce père de famille. Cela fait maintenant 7 années successives que Jean et sa famille s’adonnent aux activités de riziculture à Antananarivo.
Le système de location demeure une pratique très courante dans le secteur agricole à Madagascar et est surtout adoptée par les familles qui n’ont pas de terrains cultivables ou qui effectue des activités agricoles dans un lieu de migration. Dans certains cas, les locataires paient une somme d’argent aux propriétaires pour pouvoir exploiter les terres. Dans d’autres cas, l’accord se fait de manière plus archaïque. Les propriétaires bénéficient du tiers ou de la moitié des récoltes.

Joie et détresse

Jean confie que le domaine de la riziculture fait face à des difficultés surtout pour la saison rizicole 2024-2025. Sur une surface de 9 hectares, il n’a obtenu que 700 kilos de récoltes de riz au lieu 1500 kilos habituellement. « L’arrivée de l’eau qui vient de la réserve de Tsiazompaniry a connu un retard. Ce qui a entrainé des complications pour les activités de plantation des semis de riz. Une situation qui est souvent annonciatrice de mauvaises récoltes », confie – t – il.

Après la moisson, le séchage du riz

En principe, la moisson se fait jusqu’en mi – janvier, pourtant les problèmes d’eau et de précipitations ont fait que les agriculteurs continuent de moissonner jusqu’en début février. Ils sont partagés entre joie et détresse pendant cette période de récolte du riz de première saison (Vary aloha) car l’eau n’arrive pas au moment où ils en ont besoin. En revanche, quand ils bénéficient enfin de cet élément vital après la tombée de fortes pluies, une quantité trop excessive d’eau risque d’inonder les rizières. Cela rend alors la moisson quasi-impossible puisque les tiges de riz ne sont pas assez mûres. Mais Jean ne baisse pas les bras. Il entend poursuivre ses activités agricoles contre vents et marées tout en espérant que la situation sera meilleure la saison prochaine.

S’adapter au changement climatique

Ce père de famille déplore les effets du changement climatiques sur leurs activités d’agriculture et d’élevage. « Aujourd’hui, il est souvent difficile de distinguer l’été de l’hiver », souligne Jean. Quand le climat change, la nature du sol change également à cause de l’insuffisance de pluies. Pour s’adapter, les agriculteurs doivent modifier le calendrier de leurs activités allant de la plantation jusqu’à la moisson. Le défi est d’autant plus important pour ceux qui louent des rizières. Ils voient également leurs dépenses augmenter car doivent consacrer un budget plus élevé dans le salaire des ouvriers pour la main d’œuvre, l’achat d’engrais et d’insecticides, ou encore l’achat d’équipements agricoles.

La récolte sera partagée entre les locataires et les propriétaires

Ces nombreuses difficultés ne l’empêchent pourtant pas de poursuivre la riziculture qui lui permet de nourrir sa famille pendant les quatre premiers mois de l’année. Une fois le stock de riz écoulé, Jean et ses proches vendent des animaux issus de leurs activités d’élevage pour avoir un peu d’argent et assurer les dépenses pour le reste de l’année jusqu’à la prochaine période de récolte.
Jean lance un message à l’endroit des responsables étatiques afin de multiplier les soutiens d’ordre financier et matériel aux agriculteurs pour que la riziculture ne demeure pas une simple activité de subsistance.