Le taux d’inflation se ressent un peu plus chaque jour à Madagascar. Dans ses prévisions, la Banque africaine de développement (BAD) estime que le taux d’inflation devrait être environ de 8,2 % cette année 2024 contre 9,5 % 2023. Un taux qui reste élevé. Malgré cette dégringolade du pouvoir d’achat, de nombreux citoyens choisissent d’engager une bataille pour sortir chaque jour vainqueur dans ce cycle infernal. Retrouvez dans ces quelques témoignages, le quotidien de trois individus qui livrent leurs solutions contre la vie chère !

Raherimalala Lydiane : Résiliente jusqu’au bout !
Un combat perpétuel. C’est à cela que ressemble le quotidien de Raherimalala Lydiane, une mère célibataire. Avec deux enfants de 19 et 14 ans à sa charge, elle raconte son combat permanent contre la vie chère. En dépit d’une inflation galopante qui frappe de plein fouet une grande partie de la population, cette mère de famille ne compte pas baisser les bras. Elle essaie de faire tourner son petit business en vendant des marchandises simples comme des brosses à dent, des boites de colle, des rouleaux de scotch ou encore des biscuits. Ses recettes ne sont plus les mêmes qu’avant alors pour s’en sortir, elle effectue des prêts réguliers auprès d’une microfinance. « Avant, j’arrivais à gagner 70 000 Ariary en une journée. Aujourd’hui, c’est à peine si je gagne 20 000 Ariary. Pourtant, je dois encore rembourser l’argent de la banque à raison de 15 000 Ariary par jour », confie – t – elle.
Désormais avec un moyen financier limité, elle ne peut plus payer les frais de scolarité de ses deux enfants. « Seul le plus jeune d’entre eux continue d’aller à l’école. L’aîné a raté son baccalauréat. Il est encore prêt à étudier mais je n’ai pas les moyens », raconte – t – elle. Et d’ajouter que « des fois je suis sur le point d’abandonner mais au final, on doit vivre avec ce qu’on a ».
Face à une perpétuelle flambée du coût de la vie, elle lance un appel à l’Etat pour considérer la condition sociale de la population. A titre de solution provisoire, cette mère de famille réduit au maximum ses dépenses au quotidien, en excluant la viande de leur menu.

Voahangy : Briquetière et fière de l’être !
Travailler à la sueur de son front. L’expression prend tout son sens pour Voahangy R., une quarantenaire qui œuvre depuis une dizaine d’année dans la confection des briques en argile à Ambohitrimanjaka, situé en périphérie d’Antananarivo. Elle figure parmi les rares femmes qui ont osé s’aventurer dans ce milieu souvent attribué aux hommes. D’ailleurs, elle perpétue un héritage venant de ses parents qui vivaient également de la fabrication de ces matériaux de construction. Ce métier lui a permis de nourrir et d’assurer la scolarisation de ses enfants. « C’est un métier qui peut faire vivre et les briques peuvent se conserver pendant longtemps », déclare – t – elle. Cette mère de famille peut compter sur l’aide de ses proches pour exécuter son activité au quotidien.
D’après ses explications, les briques sont surtout fabriquées pendant la période d’hiver et l’activité s’arrête temporairement pendant la période de pluie. Tout le processus dure environ trois mois, à commencer par le pétrissage, la mise en moule et enfin la cuisson. Voahangy n’hésite pas à travailler à la chaîne avec les siens pour déplacer les briques depuis le lieu de cuisson jusqu’au bord de route où les produits sont vendus.
Sur une période d’un an, Voahangy et sa famille réalisent 15 000 briques qui sont vendus entre 110 à 120 Ariary la pièce. Grâce à l’argent qu’elle gagne avec les briques, elle peut s’occuper des autres activités d’agriculture et d’élevage. Pour pouvoir survivre à l’inflation, Voahangy explique que « il faut savoir bien équilibrer les dépenses et réduire autant que possible ». Cette mère de famille se réjouit des avantages d’une telle activité pour sa famille. « Nous construisons nos propres maisons et mes enfants ont sous chacun leur habitation », déclare – t – elle avec fierté.

Randrianirina Jean Michel : Migrer pour un meilleur revenu
Il est originaire d’Ambohimandroso, dans la région Vakinankaratra, mais il a choisi de quitter sa famille pour trouver un nouveau gagne – pain à Toamasina, dans la région Atsinanana. Il, c’est Randrianirina Jean Michel. Marié et âgé de 39 ans, il est aussi le père de trois enfants respectivement âgés de 12 ans, 11 ans et 6 ans. Vêtu de façon simple mais propre, il sillonne discrètement les rues de la ville de Toamasina à bord de son cyclo- pousse.
« Pendant les périodes de pluie, je travaille ici et lorsqu’arrive l’hiver, je retourne à mes activités commerciales auprès de ma famille à Ambohimandroso. En effet, pendant la saison pluvieuse, la vie est beaucoup plus difficile chez moi », raconte – t il. Pour le moment, ses trois enfants sont encore tous scolarisés mais avec le coût de la vie qui ne cesse de grimper, il ne cache pas son inquiétude.
Son petit va et vient entre Toamasina et Ambohimandroso dure depuis cinq ans. Un sacrifice qui a porté ses fruits à en croire ses explications. « Nous avons une petite épicerie que ma femme continue de faire tourner en parallèle avec les activités d’agriculture et d’élevage », confie Jean Michel. Le fait qu’il soit devenu propriétaire d’un cyclo – pousse alors qu’il en louait auparavant représente une petite victoire pour lui. « Je gagne au maximum 20 000 Ariary et au minimum 10 000 Ariary par jour, et ce en déduisant mes petites dépenses. Cela me permet d’envoyer un peu d’argent à ma famille environ deux fois par semaine, à raison de 60 000 à 70 000 Ariary », explique – t – il. Diminuer les dépenses en matière de nourriture, par exemple, figure parmi les solutions qu’il adopte pour amortir les effets de l’inflation. Les ambitions, Jean Michel n’en manque pas. Plus tard, il espère acquérir une moto et construire une maison pour les siens.
