Diagnostiquée d’un cancer du sein métastatique en décembre 2024, Prisca Carine mène depuis plusieurs mois une bataille quotidienne contre la maladie. Afin d’aider d’autres femmes atteintes de cancer à ne pas mener le même combat toute seule, elle a décidé de fonder l’association « Espoir Rose », dédiée à accompagner, soutenir et sensibiliser.
Sa première séance de chimiothérapie a débuté le 24 décembre 2024, la veille de Noël. Depuis, elle poursuit régulièrement son traitement. Le cancer, initialement localisé au sein, s’est propagé vers le foie, les poumons et la colonne vertébrale. Cette évolution a profondément bouleversé son quotidien. Ancienne femme active et indépendante, elle a dû interrompre son activité professionnelle tout comme ses passions pour la voiture et la moto. À certaines périodes, marcher devenait impossible et les gestes les plus simples, comme prendre une douche ou se rendre aux toilettes, nécessitaient l’aide d’une autre personne selon ses explications. La maladie a également affecté sa vie familiale.
En tant qu’épouse et mère, elle évoque les nombreuses activités qu’elle ne pouvait plus assurer, notamment aider son enfant dans ses devoirs ou participer à ses occupations quotidiennes. Malgré les difficultés physiques et émotionnelles, le mental de Prisca Carine ne faiblit pas. Aujourd’hui, elle avance progressivement tout en respectant les limites de son corps. « Je fais ce que je peux sans me forcer. Quand je suis fatiguée, je m’arrête », confie-t-elle.
Des émotions mises à rude épreuve
Prisca Carine vit avec cette maladie qui a profondément bouleversé son quotidien. Sur le plan physique, elle explique que tout a changé avec les traitements. La chimiothérapie a entraîné la chute de ses cheveux, qu’elle a dû raser. « Avant, j’avais de très longs cheveux », raconte-t-elle. Mais cette étape ne l’a pas totalement choquée. Depuis le début de sa maladie, elle dit avoir tout confié à Dieu, ce qui l’a aidée à accepter ces changements.
Ancienne sportive, Carine pratiquait le basket et faisait régulièrement des activités physiques. Aujourd’hui, son corps est beaucoup plus faible. Les traitements ont entraîné une importante perte de masse musculaire, car ils affectent les protéines et les cellules musculaires. Elle se sent désormais très fatiguée et sans force. « Une femme de quarante ans peut avoir la sensation d’en avoir quatre-vingts », explique-t-elle. Dès le réveil, l’épuisement est déjà présent, alors même que le traitement doit continuer. Sur le plan émotionnel, la maladie est aussi très difficile à vivre. Prisca Carine confie qu’elle devient parfois irritable avec ses enfants, à cause des effets secondaires de la chimiothérapie.

Malgré ses efforts pour rester forte et prier, elle reconnaît que la fatigue émotionnelle est très lourde. Il lui arrive de pleurer sans raison précise, simplement parce qu’elle est épuisée. Son cancer, de type hormonodépendant, a également provoqué une ménopause précoce dès le début des traitements, ce qui a encore accentué les changements dans son corps et son humeur. À Madagascar, elle souligne les difficultés financières liées à la maladie. En plus des soins, il faut continuer à gérer les dépenses de la famille : scolarité des enfants, transport, alimentation et activités. Le coût du traitement reste très élevé. Depuis décembre 2024, elle suit son traitement sans savoir ce que l’avenir lui réserve. Malgré tout, elle garde la foi et essaie d’avancer jour après jour.
La famille comme premier soutien
Au début de sa maladie, Prisca Carine a dû faire face à une période de grande désorientation. « Au début, je ne savais pas comment affronter tout cela », confie-t-elle. Son entourage a rapidement joué un rôle essentiel. À Madagascar, l’accès à l’information sur la maladie reste encore limité, ce qui rend l’expérience encore plus complexe pour les patients et leurs familles. Pour Carine, la présence de ses proches a été déterminante. Elle insiste particulièrement sur le soutien de son mari, qui l’accompagne partout où elle doit se rendre pour ses soins et ses rendez-vous médicaux. Un soutient qui lui permet de ne pas affronter seule la maladie et de mieux gérer les difficultés du quotidien.

Cependant, elle reconnaît aussi que cette situation est lourde pour son entourage. Son mari, en particulier, porte une grande charge émotionnelle. « Si j’étais à sa place, je ne sais pas si j’aurais pu tenir », dit-elle avec émotion, consciente des efforts qu’il fournit chaque jour. Quant à ses enfants, malgré leur jeune âge, ils essaient de comprendre la situation et de s’adapter aux changements liés à la maladie de leur mère. Les variations d’humeur causées par les traitements peuvent parfois être difficiles pour eux, mais ils restent présents et solidaires. De son côté, Prisca Carine continue de faire de son mieux pour assumer son rôle de mère. Elle explique qu’elle essaie de rester la même maman qu’avant, en s’occupant de ses enfants autant que possible. Toutefois, elle reconnaît que la maladie a changé beaucoup de choses et que ses enfants ont dû gagner en autonomie plus rapidement.
Une maladie assumée ouvertement
Sur le plan médical, le parcours de Prisca Carine s’est déroulé sans grandes complications. Elle a choisi de se faire soigner dans une clinique spécialisée à Madagascar, dirigée par un spécialiste en oncologie. Ce choix lui a permis de bénéficier d’un bon suivi et d’une prise en charge adaptée. Au fil du temps, elle a appris à accepter le traitement sans chercher à tout contrôler. Cela l’aide à rester calme face aux imprévus médicaux. Par exemple, lorsqu’un cycle de chimiothérapie est reporté parce que les globules blancs ou les plaquettes sont trop bas, elle accepte la situation et attend simplement la prochaine séance. Sur le plan social, elle a choisi d’assumer sa maladie ouvertement, ce qui a facilité la compréhension de son entourage. « Les gens ont fini par comprendre, il n’y a pas eu trop de difficultés sociales », raconte-t-elle. Même si la maladie a changé le quotidien, ses relations avec son entourage sont restées solides.

La plus grande difficulté reste financière étant donné un coût de traitement très élevé à Madagascar. Très tôt, elle a dû vendre certains biens, dont une voiture, pour pouvoir continuer les soins. Elle a aussi lancé une cagnotte avec l’aide de ses proches et amis. Les dépenses médicales sont constantes : analyses hebdomadaires, scanners après chaque cycle de chimiothérapie, examens et autres soins indispensables. La maladie demande donc un budget important sur la durée. Cette réalité montre aussi les difficultés que vivent de nombreux patients dans le pays. Elle encourage ainsi les femmes à écouter leur corps et à consulter rapidement en cas de symptômes. Selon elle, un diagnostic précoce permettrait de réduire la durée du traitement et les coûts. Enfin, Carine explique que la maladie a été découverte tardivement, avec des métastases, ce qui rend aujourd’hui le traitement plus long et plus coûteux.
Espoir Rose, une réponse au manque d’accompagnement
Après avoir traversé et continué de vivre une expérience difficile liée à la maladie, Carine a décidé de transformer son vécu en engagement. Elle explique que son parcours a été marqué par la peur, la désorientation et le manque d’informations au début. « Je ne savais pas vers quel médecin me tourner, je ne trouvais aucune information », raconte-t-elle. Confrontée à cette situation, elle cherchait des réponses sur internet, notamment sur Facebook et Google, sans toujours obtenir des informations fiables. Lorsqu’elle a appris le diagnostic, elle a d’abord associé la maladie à la mort, avant de comprendre qu’il ne s’agit pas d’une fatalité.

De cette expérience est née sa volonté de créer une association appelée « Espoir Rose ». Avec comme devise « demain est une promesse », l’association entend mettre à disposition les ressources et les informations qu’elle aurait aimé avoir dès le début de son parcours. À travers cette initiative, Carine souhaite accompagner les femmes touchées par la maladie, qu’elles soient en difficulté psychologique, financière ou morale. L’association vise à offrir un suivi, du soutien et une orientation dans les démarches à suivre. Carine souligne également que, si les hôpitaux assurent principalement les soins médicaux, un accompagnement humain et social reste indispensable. Pour elle, Espoir Rose représente une réponse à ce besoin, afin que personne ne traverse cette épreuve seule.
