Elles sont pour la plupart des femmes d’âge mûr. On les voit surtout dans les types d’évènement comme les mariages traditionnels ou les inaugurations de maisons, mais également dans les spectacles. A chacune de leur apparition en public, les danseuses de Wadra associent à la fois la classe et le charme. Vêtues de «body» avec manche pour le haut, et d’un « salovana » (tissu traditionnel à motif coloré) bien noué sur la poitrine pour le bas, ces femmes se livrent à des danses envoutantes mais loin d’être vulgaires. D’ailleurs, porter un pantalon ou des vêtements exhibitionnistes est complètement exclu lorsqu’on danse le Wadra.
Pendant le déroulement de leur représentation, les danseuses s’alignent d’abord sur la scène en formant un cercle ou un demi – cercle et passent tour à tour (par groupe de deux ou trois) au milieu pour effectuer une danse en faisant bouger la hanche et le bassin. Tout cela au rythme d’une musique ou d’un chant a cappella accompagné d’un instrument qu’elles appellent « Ambio ». Il s’agit de deux morceaux de bois taillés dans une forme similaire à celle d’une cuillère et que les danseuses utilisent à titre de percussions.

Le produit d’un brassage culturel
La pratique de la danse Wadra est la parfaite illustration du brassage culturel à Madagascar. Alors que cette danse est souvent associée aux parties Nord et Nord Ouest de la Grande île, elle dépasse aujourd’hui les frontières régionales. « La danse Wadra est une danse traditionnelle venue des Comores et de Mayotte. Elle est entrée par Mahajanga et Antsiranana. Nos ainées l’avaient déjà pratiqué et aujourd’hui, nous les descendantes, avions perpétué la pratique de cette danse », explique Mwana Adija, présidente du groupe Passiflore à Antananarivo.
Créé en 2010, ce groupe rassemble environ 35 femmes et est le premier à pratiquer le Wadra dans la Capitale. De confession musulmane, les membres sont composés de « zanatany » (métisses) et de natives du pays. Elles assurent néanmoins que leur rapport à la religion reste inchangé malgré la pratique de cette danse. Elles respectent les moments de prière pendant tout le long de la journée comme tous les pratiquants musulmans.

Une transmission assurée
A en croire toujours les explications de la présidente de Passiflore, cette danse traditionnelle peut être pratiquée par tous, mais ce sont surtout les plus âgées qui la pratiquent et l’enseignent, à leur tour, aux plus jeunes. Le groupe n’est pas étranger au public car apparaît souvent pendant les spectacles du groupe Wawa à Antananarivo. Le Wadra est surtout compatible avec la musique mahoraise mais s’adapte également avec certains rythmes de musique à Madagascar.
Quand elles effectuent une représentation, les danseuses de Wadra reçoivent souvent une appréciation particulière du public. « A part notre cachet, nous recevons de l’argent de la part des membres de l’assistance qui sont contents de nos représentations. De plus, nous n’avions jamais cherché de contrats, ce sont les gens qui nous contactent grâce aux bouches à oreilles ». Elles restent optimistes quant à l’avenir de cette danse à Madagascar en assurant une transmission certaine aux générations futures.
