Personnes à Haut potentiel intellectuel (HPI) à Madagascar : Des génies incompris!

Explications du docteur Fy Ranaivo Rasata, Psychologue clinicienne

Surdoués ; Haut Potentiel Intellectuel (HPI). Des termes qui font penser à des personnes intelligentes voire exceptionnellement brillantes. On n’en entend souvent parler que dans les films. Mais que savons-nous réellement de cette frange de la population qui, souvent, reste dans l’ombre. Ils sont des enfants ou des adultes. A Madagascar ; beaucoup ignore leur singularité. Docteur Fy Ranaivo Rasata, Psychologue clinicienne répond à nos questions et nous éclaire sur le mode de pensée de ces personnes dotées de faculté intellectuelle supérieure à la moyenne !

Bright News Madagascar (BNM) : Selon votre point de vue de Psychologue, comment pourrait – ont décrire une personne surdouée ?

Docteur Fy Ranaivo (Dr.) : Une personne surdouée ou HPI (Haut Potentiel Intellectuel) est une personne ayant un fonctionnement cognitif spécifique. Elle dispose d’une capacité nettement supérieure à la moyenne de la population étant donné son quotient intellectuel qui dépasse 130. Certains tests psychométriques sont aussi utilisés pour détecter les personnes HPI.

BNM : A quoi reconnait – on un enfant ou une personne surdouée ? Quels sont les éventuels signes dans leur comportement ou leur façon de réagir ?

Un enfant ayant une difficulté scolaire peut être un HPI parce qu’il ne s’intéressera pas aux choses qu’il comprend rapidement. Il n’aime pas la répétition et a soif d’apprendre de nouvelle chose à chaque fois. Un enfant qui s’ennuie beaucoup en classe doit attirer l’attention des enseignants car cela pourrait signifier que ce qu’on lui enseigne ne correspond plus à son niveau intellectuel. Certains enfants HPI auraient tendance à répondre de la manière la plus élaborée, sans inhibition, ce qui les amènerait à considérer l’adulte comme un pair.

Les HPI ont une passion pour l’apprentissage et quand ils pensent, ils explorent simultanément de nombreuses réflexions différentes et font des connexions entre des idées qui peuvent sembler non liées à d’autres. Cela s’appelle les pensées arborescentes : l’image de plusieurs branches reliées par un seul tronc d’arbre.

Ils sont également capables d’anticiper les besoins et les préoccupations des autres puisqu’ils sont de nature très empathique.

Ils sont très créatifs et manifestent une forte curiosité sur les sujets qui les intéressent.

BNM : Quels pourraient être les avantages ou les inconvénients d’être une personne surdouée dans la société ?

Dr. : Comme je l’ai mentionné au début de cette interview, un HPI a une capacité nettement supérieure à la moyenne de la population, ce qui va créer en lui un sentiment de décalage avec les autres. Il est faux de croire qu’avoir une grande intelligence épargne une personne de toute difficulté. Certes, ils ont de nombreux atouts pour réussir mais le fait d’avoir une activité intellectuelle envahissante et de réfléchir d’une façon différente de celle des autres pourrait toujours être une source de problèmes. Les difficultés d’intégration sociale font partie des inconvénients d’être un HPI car la majorité de la population n’est pas en capacité de comprendre ce qu’ils disent lorsqu’ils essayent d’exprimer leurs idées par exemple. Ils ont du mal à trouver leurs places dans la société et de se plier aux règles qui y sont établies.

Par contre, puisqu’ils sont de nature très empathique et qu’ils sont capables d’anticiper les besoins et les préoccupations des autres, ils sont aussi des membres précieux au sein de leurs communautés.

BNM : Qu’en est – il des personnes surdouées à Madagascar ? Comment sont-elles perçues ?

Dr. : Les HPI existent sûrement à Madagascar (…) mais il est possible que les personnes ou les parents des enfants concernés refusent de voir la réalité en face alors qu’ils ont besoin du suivi d’un Psy.

Dans la société, ils sont souvent traités différemment à cause de leur façon de penser qui sort de ce que la société qualifierait de normale. Ils sont souvent étiquetés comme des personnes qui « se la raconte » ou des « monsieur/mademoiselle/madame je sais tout » …etc

BNM : Avez-vous déjà eu l’occasion de croiser des personnes ou des enfants HPI durant votre carrière ?

Dr. :  A vrai dire, je n’ai pas encore beaucoup d’expériences avec les HPI (…), cela ne veut pas dire qu’ils n’existent pas à Madagascar. Je dirais plutôt qu’ils ne sont pas diagnostiqués. D’après les expériences que j’ai eues auprès des écoles privées de la Capitale, lorsque les enseignants remarquent des comportements inhabituels qui perdurent chez un enfant et qu’ils en parlent aux parents, ces derniers pensent souvent qu’il incombe aux enseignants de les gérer car cela fait partie de leur travail.

A titre d’exemple, je suis actuellement un enfant qui manifeste des signes de TDAH (Trouble déficit du comportement avec ou sans hyperactivité) et sa famille m’a parlé de son parcours scolaire et du fait que ses enseignants n’arrivent pas à la comprendre. Au final, j’ai dû expliquer aux responsables de son école que le fait d’être un TDAH est inné. C’est alors qu’ils ont commencé à me parler d’autres cas inhabituels parmi leurs élèves. Ils ont alors tenté de parler aux parents en leur conseillant d’emmener leurs enfants chez un Psy. Une suggestion que les parents ont pris pour une insulte envers les enfants concernés. Tout cela pour vous dire que le mot « Psy » ou « Psychologue » est encore difficile à entendre pour les malgaches (…). Cela devient un blocage pour nous, ainsi que pour l’enfant qui a portant besoin d’aide.

BNM : Est – ce qu’on peut dire que les surdoués sont des personnes au – dessus du lot ? Que peuvent – elles apporter de plus pour la société ?

Dr. :  Pourquoi dirait-on qu’ils sont au-dessus du lot si eux aussi rencontrent des difficultés comme nous ? Ils sont différents certes, mais cela ne fait pas d’eux mieux ou moins bien que les autres.

Les HPI peuvent être une force de propositions et aider la société à avoir une autre vision (positive) des choses. Voir les choses autrement comme on dit et avoir des idées plus originales.

BNM : Les enfants surdoués ont – ils besoins d’une éducation différente des autres ou de fréquenter une école spécialisée, par exemple ?

Dr. : À cause du décalage qu’ils ont avec les autres, les enfants HPI logiquement ont besoin d’une éducation spécialisé avec les enseignants spécialisés qui comprennent et maitrisent leurs conditions. Cependant j’aimerai quand même parler de l’inclusion car ces enfants n’ont pas choisi d’être ce qu’ils sont mais sont nés ainsi. La société leur rendra un grand service en les acceptants pour ce qu’ils sont. (L’inclusion est un autre sujet à part qui devrait être également discuté plus souvent).

BNM : Est-ce que les surdoués font face à des troubles du comportement ou des formes d’incompréhension ? Ont – ils besoin de prises en charge psychologiques particulières ?

Dr. : Les HPI se retrouvent souvent avec l’impression d’être en décalage constant avec les autres, et peuvent avoir du mal à le gérer. Lorsque ce décalage est trop fort, ils peuvent avoir besoin d’un accompagnement psychologique, non pas parce qu’ils sont HP mais parce qu’ils se retrouvent en situation de souffrance (un état qui peut arriver à tout le monde). De même lorsqu’ils sont absorbés par les émotions et ne parviennent pas à maîtriser leurs hypersensibilités.

BNM : Avez – vous des conseils à donner aux parents ou aux proches de ces personnes surdouées ?

Dr. : Il faut comprendre qu’être un HPI est une singularité et non une faiblesse. Les parents et les proches de ses derniers doivent les accepter pour ce qu’ils sont et doivent comprendre que c’est une grande richesse mais peut aussi générer une fragilité et des souffrances. Il est donc important d’être bienveillant envers les HPI. Il est important également de leur donner le maximum de soutien parce que dans la société, ils ne se sentent pas bienvenus à cause de leurs conditions. En tant que proches, votre rôle est de les voir entièrement pour tout ce qu’ils sont et d’être là pour eux, d’être compréhensifs.